Un outil banal dans les classes : LE TELEPHONE !

vendredi 18 novembre 2011
par  Webmestre
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On parle télématique, fax, camescope, parfois même satellites, vidéoconférence... et on oublie tout bonnement la première des nouvelles technologies, même si elle a ses 100 ans : le téléphone ! et pourtant, alors qu ’il est dans toutes les maisons comme le stylo bille... ou la télé, c’est très certainement celui qui est le moins utilisé à l’école pour communiquer, pardon, pour apprendre à communiquer !
Le téléphone est un outil de communication qu’on a tendance à ne pas ranger dans les NTC (Nouvelles Technologies de Communication) sans doute parce que son usage est banalisé dans nos sociétés modernes. _ Pourtant, il peut être fabuleux dans une classe et se révèle vite indispensable.
- Présent partout !
D’abord, d’une manière générale. le téléphone :
- est présent dans la quasi totalité des écoles, ce qui peut permettre le début l’essai de communication des enfants d’une classe vers l’extérieur.
- est un outil que pratiquement toute la population possède chez elle et/ou sur son lieu de travail. Il nous offre donc un vaste réseau varié et presque exhaustif un réseau qui n’a pas été fait par nous, les classes, ni pour nous.
- Il permet de contacter qui on veut dans le monde entier : pas de problème de standard différent comme d’autres outils de NTC.
- Il offre deux sortes d’entrées qu’on apprendra à repérer comme 2 registres-réseaux de communication, matérialisées par les pages blanches (communication de type plutôt privée, "affective") et les pages jaunes (communication de type utilitaire).
- Il est présent, en service public, disponible n’importe quand, n’importe où, même sur la voie publique (les cabines).
- Il se perfectionne sans cesse (services téléphoniques : transfert d’appel, signal d’appel, réunion téléphonique... ; haut-parleur ; mains libres ; multi-fonctions ; mémorisation et affichage de données...) et offre ainsi de nouvelles possibilités pédagogiques.
- Il est déjà utilisé ou du moins connu par les enfants chez eux qui ont ainsi une représentation mentale de ce qu’est un système de réseaux : réseau des proches (familles et amis, contacts fréquents ou réguliers), réseau de connaissances (familles, amis, relations ; contacts occasionnels),réseau d’intérêts et de services (banque, médecin...), réseau de ressources (appel précis sur une question précise : date d’une manifestation, renseignements de prix...)
Plus pédagogiquement maintenant, le téléphone induit un type de communication particulier, original qui aide à construire des compétences indispensables dans la vie, donc indispensables à la formation.
Le fait que l’interlocuteur n’est pas vu, implique d’abord que l’appelant se présente clairement, ce qui est déjà un travail : que dois-je dire sur moi, que faut-il que je dise parce que mon interlocuteur ne me voit pas, ni moi, ni le milieu d’où j’appelle, que faut-il que l’autre sache de moi (ou ne sache pas.) pour ce que je vais lui dire ? Car l’identification de celui qui délivre un message est une composante du message même. Pour exemple, ce n’est pas la même chose pour moi si c’est le ministre de l’éducation nationale qui me dit que je vais être augmenté que si c’est ma concierge. Il faudra aussi qu’il soit capable de présenter le motif de son appel et de le tenir. Ca suppose donc bien qu’il ait non seulement compris oe qu’il avait à dire mais véritablement intégré. Et la conversation, si elle est débarrassée de ses aspects corporels, ce qui peut être un avantage, est aussi handicapée par l’absence de tous ces indices accompagnateurs.
- il faut être précis, clair...
d’une discussion que sont les gestes, mimiques, postures... Il faut donc être précis. concis, efficace, clair, fidèle et même têtu au motif de son appel pour réussir une communication téléphonique. En ce sens, le contact téléphonique se rapproche bien des impératifs de l’écrit :
le souci d’être compris par le lecteur est permanent chez "l’écriteur"’, comme au téléphone, sauf qu’ici sa "compréhensibilité" face à l’auditeur est corrigée tout de suite : on mesure tout de suite l’efficacité de son discours, qu’on soit appelant-solliciteur ou appelé-sollicité (ce qui change un peu les rapports ou les missions mais pas les principes essentiellement semble t-il).
Aussi, et cette fois plus à l’évidence, la parole à travers le téléphone présente des caractéristiques de l’oral, mais encore plus marquées que dans un oral de visu puisque sans indices gestuels il faut réagir vite aux mots de l’autre, avoir en réserve plusieurs manières de dire et d’expliquer les mêmes choses, savoir écouter l’autre (donc se décentrer) pour lui répondre, bref, assurer un discours oral cohérent sans lâcher les deux idées-force que sont le motif de l’appel et sa motivation.
On voit maintenant combien ce type de communication peut être important pour développer la confiance en soi de chacun, en coopération avec les autres, pour peu bien sûr que tout cela soit intégré à l’intérieur d’une pédagogie.
Le sens des responsabilités sociales est aussi développé quand un enfant téléphone au nom d’un groupe qui l’a investi de sa parole et c’est lui et bien lui seul qui a la maîtrise au moment de la communication et qui devra en rendre compte au groupe mandatant". _ C’est aussi le même sens des responsabilités qui est affermi quand un enfant confirme ses engagements, informe qui de droit, etc...
Plus concrètement, citons quelques exemples en situation. Quand nous partons en classe découverte, faute de moyens, nous sommes obligés de tout prendre en charge : hébergement, nourriture, économat et cuisine, transport, activités et visites.... ) Donc nous devons organiser, ce que le téléphone permet au mieux vu
- dégager, trier,
formuler des infos
l’immensité de son réseau. C’est donc à partir d’une masse d’informations collectées par les uns et les autres que, par un travail commun, nous allons, à travers des critères que nous avons établis (prix, situation géographique, équipements...), trier et dégager celles qu’il nous faudra garder en mémoire pour arriver à une organisation concrète de notre séjour. Ce va-et-vient entre les individus et le groupe, cette forme en gros pyramidale du traitement en quantité des infos, ces allers et retours entre la projection et les nécessaires adaptations à la réalité, ces rebondissements, je crois que c’est ça communiquer.
D’autres essais liés à l’outil téléphone seraient maintenant possibles et en grand nombre grâce aux innovations techniques que celui-ci acquiert régulièrement. Par exemple, on pourrait produire un bulletin parlé sur un répondeur-enregistreur à distance à destination des parents, des autres écoles, du village, quand on se trouve en visite, en classe d’environnement, comme de se parler à plus que deux quand on possède un téléphone mains libres... D’ailleurs sans doute, ceux qui nous lisent ont-ils des exemples vécus ou imaginés à nous donner. Qu’est ce que ça serait bien qu’il nous en fasse profiter dans le prochain numéro...

Frédéric GAUTREAU