Une journée en classe unique (Moussac, 1990)

lundi 14 novembre 2011
par  Webmestre
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8H15 Samuel (10 ans) m’attend devant la grille. Depuis quelques années, je ferme le portail à clef chaque soir, c’est la conséquence de l’arrivée de l’informatique : protection bien illusoire d’un matériel installé dans un bâtiment sans volets ni grille ! Nous nous retrouvons chaque matin, lui venant à bicyclette de l’autre bout de la commune, moi en voiture d’une douzaine de kilomètres.
Je suis en somme un instit new-look : celui qui n’habite plus dans l’appartement au-dessus de l’école ! Il faut dire que l’appartement qui m’était réservé, lorsque je suis arrivé il y a plus de 15 ans à Moussac, faisait partie de ceux pudiquement appelés "vétustes" dans les fiches de renseignements académiques ! Cela ne l’a pas empêché, pendant des années, d’être annexé par la classe : il y a eu la salle des marionnettes, l’atelier bois, la réserve de papiers, la pièce du bric à brac, la pièce du théâtre ... jusqu’à ce que la commune décide de le louer, donc de le rénover ! La classe y perdit un fantastique espace et dû se rabattre sur ces 2 salles, son couloir, son préau, son bûcher, sa cour, son jardin ! ... et moi j’y trouvais une indemnité de logement inespérée !
Clément (9 ans), qui vient de l’autre bout de la commune nous retrouve souvent en même temps. Ses parents sont partis au boulot depuis longtemps, comme ceux de Samuel. L’été, je les vois arriver moins tôt, les VTT faisant moult détours avant de trouver le bon chemin !
Ils m’aident à décharger mon barda. Il y a 5 ans, notre premier travail était d’aller ... allumer les poêles ! Depuis, avec les ordinateurs nous avons eu droit aux radiateurs ! Je n’ai plus à me battre avec les tuyaux qui dégringolent ou les moineaux qui bouchent la cheminée !!
Chacun déballe son "matos"... et c’est parti : depuis plus de 30 que je suis "instit rural", et comme dans beaucoup d’écoles rurales, il n’y a pas de rentrée officielle ! Comme en centre de vacances il y a le "réveil individuel", c’est ici "l’entrée individuelle". On arrive pratiquement à l’école quand on veut ! Quand il était plus petit, Clément arrivait souvent à 9H15, 9H30, encore endormi ou parce que son père avait oublié de le réveiller avant de partir. Et ceci sans problème, ni pour lui, ni pour la classe. Cela n’a l’air de rien, et pourtant, ce simple fait a des conséquences immenses, à la fois sur la perception de l’école qu’ont les enfants, comme sur l’engagement de la journée, la disponibilité du maître, la quiétude, les relations entre enfants ......
Samuel, a déjà filé à l’atelier son dans le couloir qui a été coupé en 2. Depuis que Franck, futur prof de techno, est venu passer 3 jours avec nous et qu’avec une équipe de 3 grands il a complètement réinstallé la table de mixage, les magnétos, le clavier, avec plein de fils qui s’entrecroisent, je n’y comprends plus rien et suis à la merci du dit Samuel et de ses compères qui n’en sont pas peu fiers !
Fanny s’est installée à son auto-dictée, espèce de potion magique que je tente depuis quelques jours de lui donner quotidiennement et je vois avec elle ce qui ne va pas. Ma potion ne me semble pas très efficace et je vais probablement l’abandonner. Jérôme, qui arrive chaque jour comme un métronome vers 8H35 avec sa copine Anne va installer la messagerie sur l’EXL100 .. qui fonctionne toujours ! Je ne sais qui cogne déjà à l’atelier bois, sous le préau, mais ce pourrait bien être Olivier, petit de 5 ans arrivé cette année, et qui a découvert la magie d’enfoncer des pointes !
 
9H Les derniers petits ne vont pas tarder d’arriver. L’activité est générale. Je vais avoir une heure plus tranquille à passer avec eux. Ils ont leur coin dans la seconde salle. J’ai récupéré un bout de moquette pour cacher une partie des dalles de ciment. L’an passé Sébastien s’y était fait une cabane sous les tables avec des murs en grands calendriers. Je pensais initialement qu’ils auraient pu avoir une utilité dans l’atelier math, comme quoi on peut se tromper.
Cette année nous sommes 22 et nous commençons à nous trouver à ... l’étroit malgré nos 2 salles, le couloir, le préau qui sert non seulement à l’atelier bois mais aussi comme salle de spectacle pour les marionnettes, d’atelier terre, et pour tous les gros bricolages. Remettre à neuf une "mobe" ou démonter des machines à laver, ça tient de la place ! Il y a aussi les anciens W.C. (parce que depuis presque 10 ans, nous avons les W.C. INTERIEURS !!), cachés derrière un bouquet de bambous : c’est le domaine des petits quand il ne fait pas trop froid. Il ne faut pas trop regarder ce qui s’y passe ! Et puis il semble qu’une nouvelle attribution vient de lui être faite : il paraît que c’est le nouveau restaurant-bar de l’école. Il va falloir que je songe à m’y faire inviter.
Ah, j’oubliais, le jardin ! extraordinaire outil ! Dès le mois de Mars il devient un atelier permanent. Que de constructions sociales autant que de découvertes biologiques il nous a permis ! depuis le collectivisme le plus complet en passant par la petite propriété individuelle, un certain capitalisme galopant des grands ... jusqu’à la mise en jachère ! que va-t-il être cette année ? En tout cas les parents ont décidé d’y venir tous un samedi matin pour le bêcher !
9 H Je vais donc passer un moment avec les 5 à 7 ans. Sonnerie du téléphone, c’est un fax ! Quand il en arrive à cette heure je jubile : on va être prêts à l’exploiter, peut-être à y répondre tout de suite ! un jour, avec une petite école de Normandie, les petits n’ont pas décollé du fax de la journée ! ce mois-là, la mairie m’a transmis la facture des télécom !! En ce moment il nous permet avec les petits de faire un inventaire buco-dentaire des mâchoires des classes uniques de la circonscription ! Et puis il y a les feuilles quotidiennes de Bretagne, de la Loire. On a su à quelques minutes près quand tombait le premier flocon dans les monts du Lyonnais ! Une année on a même assisté en direct à l’éruption de la "Fournaise".
Sylvain est allé chercher le courrier à la poste (150m). Il trie ce qui est à moi, distribue ce qui est individuel et devra préparer la lecture de ce qui est collectif. Il y a une cassette-vidéo d’Angleterre ; comme je connais mon Sylvain, il va sûrement laisser tomber la lecture des journaux pour aller à l’atelier vidéo visionner cette cassette !
Aujourd’hui, avec les petits, on étudie le fax de Liglet, classe unique de la circonscription. C’est un tableau avec des histoires de dents qui tombent et des dents qui ont repoussé ! Un fax repartira avant 10H30 avec un nombre de trous supposés ! il n’est pas impossible que l’on fasse plus de maths que prévu !!
10 H Les petits sont à peu près lancés dans des ateliers. Il n’y a que Sébastien qui m’inquiète un peu à l’atelier son : le gros magnéto à bande n’est pas très pratique, mais il y a Anne, la grande, le casque sur les oreilles, qui lit un livre-cassette et qui pourra lui donner un éventuel coup de main ... et le surveiller un peu ! Dans l’autre salle je vais pouvoir observer un peu ce que chacun fait. Observer ! C’est la base de toutes mes hypothèses d’action. Je plains ceux qui n’ont pas d’yeux, d’oreilles, parfois de nez pour agir.
Tous les écrans sont allumés ce matin ! l’EXL100 avec la messagerie, le téléviseur où Sylvain visionne sa cassette anglaise, 1 TO7 avec Elmo et un texte d’Arnaud, l’autre TO7 avec un des programmes de Jean-Paul Blanc, un ami, et les 2 PC mobilisés l’un par l’entrée de textes, l’autre par le grapheur avec lequel Fanny veut faire voir à Eléonore, une nouvelle, comment on peut faire de sacrés chouettes graphiques de températures ! Et 2 TO7 sont hors service ! Ça fait beaucoup ... pour 1 seule classe ! et si, en dehors de l’EXL100, ils ne sont pas arrivés tout seuls, j’ai bien profité de notre statut de classe unique pour inciter la municipalité à profiter des occasions de subventions offertes ! Et l’école du canton avec ses 7 classes n’a pas mieux .... et doit faire 200 mètres pour aller s’en servir !!!
Ils nous ont pris de la place ces ordinateurs ! et je regrette le temps où nous avions 12 tableaux (douze !), récupérés un peu partout, où les enfants pouvaient écrire, mathématiser tant qu’ils voulaient comme de vrais mathématiciens ... et où je pouvais, d’un seul coup d’oeil voir ce que chacun faisait et donner le coup de pouce au bon moment ! A cette même époque, la moitié d’une salle était aussi occupée par les casses et les presses d’imprimerie (une partie personnelle, une partie récupérée dans les greniers d’écoles où, un moment, avait sévit un frénétique !) ! C’était le bon temps (il y a 15 ans !) et même l’arrivée intempestive des bohémiens ne nous faisait pas peur (quoique l’année où ils m’ont fait monter l’effectif à 35 pendant 3 mois, malgré la place de l’ancien appartement j’ai bien cru que j’allais craquer !!).
10H30 On se retrouve tous dans la salle des ordinateurs pour LA REUNION. Je récupère 2 petits qui sont allés prendre l’air dans le bac à sable, Dimitri que je sais planqué dans la bibliothèque en train de lire une BD. comme tous les matins, et on se serre autour des tables, les petits plus ou moins coincés entre des grands. Important la présence des 5, 7 ans : au début de l’année j’avais du mal à les faire rester plus de 2 minutes avec nous ; aussi vite qu’ils le pouvaient, ils disparaissaient pour se retrouver dans l’autre salle, à l’atelier peinture dans le meilleur des cas, bien souvent à danser sur les tables !! Et puis en 3 mois tout s’est peu à peu stabilisé et maintenant les grands comme moi aurions du mal à nous en passer ! ce sont eux le plus souvent qui nous lancent dans les grands débats métaphysiques ou philosophiques !!
Les plans de travail individuel sont sur la table, le plan de travail de la classe sur l’arrière d’un tableau véléda retourné ! D’abord se sont les informations intérieures qui sont discutées. Ce qui s’est passé dans la classe, dans les têtes ... ce qu’il faut absolument raconter, montrer, signaler .... ce qu’il faut remettre dans le creuset collectif pour que d’autres s’en emparent, pour que ce soit discuté, transformé, contesté, complété. Pour que l’on sache ce qu’on fait, qui on est. Pour être écouté et écouter. Un rire, un pleur, une idée, une folie, un essai, une difficulté, un balbutiement qui, amplifié, deviendra parole. Ce qui nous fait exister tous, ce qui nous fait aimer ...
Puis les FAX reçus. Dans la salle il y a, sur la même prise téléphonique : 2 téléphones, 2 ordinateurs (sur le PC on archive les quelques 2000 messages télématiques annuels !), 1 minitel et le FAX ! On a même essayé 3 téléphones : c’était formidable, on pouvait téléphoner à 6 ! ça n’a pas tenu longtemps, mais à 4 ce n’est pas mal. Le maire, un ancien gendarme, lorsqu’il a accepté de nous faire installer une ligne m’avait fait promettre, parce qu’il s’y connaissait, de ne m’en servir qu’en cas de nécessité (appeler le SAMU ou les gendarmes) ! Mais, entre temps, il s’est fait installer un second téléphone à la mairie, comme un maire d’une grosse bourgade ... du coup il n’ose plus trop dire grand chose quand la note annuelle voisine les 6 000 F ! Et le téléphone, vous pouvez pas savoir comme ça peut servir ... aux enfants !
Les petits ont décroché. Tout au long de la réunion, diverses décisions ont été prises notées sur les plans de travail. Un coup de téléphone à donner à l’école de La Puye à propos d’un projet de rencontre au théâtre de verdure à 6 kilomètres. Ils ne sont pas nombreux non plus et nous arrivons souvent à nous débrouiller pour nous déplacer avec les voitures de quelques parents. Une lettre à écrire à Natacha, notre copine de 12 ans, de Kiew, qui nous avait demandé de lui trouver un contrat pour une tournée en France avec sa troupe folklorique et à qui nous devons transmettre la réponse du président du festival de Confolens, voisin d’une vingtaine de kilomètres. Et nous devons aussi envoyer aux copains de l’école de Haute-Rivoire, les petits guyanais de la forêt vierge d’Antecum-Pata, l’herminette qu’ils réclamaient dans leur journal et qu’on leur a trouvé il y a quelques jours en faxant un communiqué dans les journaux régionaux. Il est vrai que ces derniers commencent à nous connaître, surtout depuis l’affaire roumaine d’il y a 1 an où nous avions mobilisé toute la France pour un collège de Cluj.
Car nous avons une histoire dont chacun d’entre nous a été acteur et qui fait partie d’un espèce de patrimoine propre à la classe dont chacun bénéficie ... parfois même après au collège. Il arrive très souvent, en particulier le samedi matin, que la classe compte 1 ou 2 collégiens de plus. Pendant 5 ans, régulièrement, Franck est venu y travailler, jusqu’en seconde ! il m’arrivait de ne même pas m’en apercevoir ! Parfois il y a des adultes. Didier un parent d’élèves, qui vient passer des moments dans les encyclopédies, Jean-Paul, un autre parent qui vient donner un coup d’il à l’atelier démontage de mobylettes dont il est le grand Maître, Léone, une retraitée qui aime bien venir passer un moment dans la classe, .
Une seconde réunion cet après-midi permettra d’analyser les hebdos reçus et la messagerie que chacun aura pu consulter tout au long de la journée sur l’écran de l’EXL. Ah cette messagerie ! Vers quelles aventures elle nous a souvent entraîné, et surtout quelle formidable impression d’appartenir à quelque chose de vaste, d’immense, elle nous donne.
Je vais finir ma matinée surtout avec les grands : des recherches ou des problèmes (nous entendons par problème une difficulté rencontrée) ont été affichées à l’atelier math. J’ai vu tout à l’heure Jérôme aller chercher Samuel, après avoir consulté le panneau, et tous les 2 passer un bon 1/4 d’heure au tableau. Je n’ai pas eu le temps d’aller voir, mais ils annoncent que ce n’était qu’un problème de virgules qui était réglé. Cela va donc être plutôt la recherche de David où des tracés et des nombres apparemment compliqués ont laissé coi tout le monde ! Nous en aurons jusqu’à midi. Je fais un peu de gymnastique pour aller faire un peu de police chez les petits ou vérifier simultanément la fiche de lecture, et corriger la lettre avant qu’elle soit photocopiée. Par chance, la photocopieuse a l’air de se remettre d’un traitement un peu brutal que lui a infligé hier Olivier (5ans) qui veut tout faire fonctionner. Quand il faut faire en plus le mécanicien dans ces moments, cela devient délicat !!. Il faut faire aussi avec le bruit de l’imprimante qu’Arnaud vient de lancer. 3 imprimantes : 1 liée à l’EXL pour la messagerie, l’autre à un TO7 en particulier pour le logo, et enfin la super, la dernière, celle à jets d’encre obtenue sur 1/2 subvention et pression du Conseil Général ; ce dernier est bien content de trouver quelques classes uniques où le matériel ...est utilisé, et la participation à quelques journées des clubs informatiques, à "média-jeunesse" de Niort .. a été bien utile ! Au demeurant les enfants étaient ravis d’aller faire des démos !
 
Cet après-midi, Clément arrivera un peu plus tard puisque son père doit l’aider à amener un seau d’eau de la fontaine pour nos écrevisses. Son père, qui bricole une casse de vieilles voitures, est venu l’an passé pendant 2 mois, animer l’atelier où une vieille "mobe" qui traînait chez moi a été entièrement démontée, remise en état et remontée ... et qu’on fait "péter" régulièrement dans le champ près de l’ancienne gare ! C’est avec lui et quelques-uns de ses copains qu’on part de temps en temps en ballade, les petits sur une charrette à cheval, les grands en VTT. Il n’y a pas que lui d’ailleurs qui vient régulièrement travailler avec nous. Il y a Johanna, l’anglaise, qui vient 2 fois par semaine, Cyrille, le marionnettiste objecteur de la MPT qui est tombé amoureux de l’école et qui vient au titre d’un contrat CATE ... et en dehors du contrat faire des tas de trucs avec nous, Annick de la MPT aussi, la spécialiste des micros-fusées, et puis toute la bande d’animateur de la MPT : il est vrai qu’on travaille aussi pour eux, c’est ainsi que l’an passé nous avons fait leur pub pour leur journée de course à pieds et nous avons assuré le reportage de la manif ! Alors, ce sont tous nos copains, jusqu’au président, employé au centre FPA voisin, qui, pendant 3 ans, en cachette, a tiré toutes les semaines notre hebdo sur la photocopieuse et le papier du centre ! Il n’empêche que la Mairie ne verse pas un sou pour les contrats CATE (2), et je suis devenu, comme beaucoup, un spécialiste des dossiers bidons pour obtenir des sous des uns qui croient que les autres ....
Nous irons sûrement dans NOTRE chemin de sable, derrière l’école, là où on peut courir pendant plus d’1 kilomètre, le village en contre-bas et bordé d’un long bois de châtaigniers plein de trompettes de la mort où l’on fait des "gamelles" mémorables et de délicieuses siestes, là où il y a un long talus où l’école de Gervans dans la Drôme nous a aidé un jour à découvrir des amophyles, là où il y a un enfoncement d’herbe fraîche où Elodie, 5 ans, adore qu’on s’assoit pour écouter et chanter.
A moins que l’on parte, à partir du pont, en exploration sur un des 4 chemins de pêcheurs le long de la Vienne. A moins que nous allions voir notre fontaine, cachée dans un bosquet, qui a alimenté pendant des années nos aquariums en dytiques et autres larves de salamandres !
A moins que, tout de suite derrière le mur de la cour qui s’est peu à peu effrité, là où il y a les premières violettes, nous filions dans l’ancienne voie ferrée où on est si bien abrité des petits vents du nord.
A moins que nous allions grappiller les derniers grains de raisins dans les vieilles vignes du plateau en rendant une petite visite aux cabanes de Clément qui s’élèvent maintenant de 4 étages dans un bouquet de châtaigniers ! nous nous arrêterons alors sûrement chez Camille, un vieux jardinier que nous trouvons chaque fois et à qui nous demandons conseil pour nos propres plantations .....
De toutes façons, nous serons revenus vers 15 heures ... et nous aurons encore du temps et des choses à faire !
Il y a des journées encore plus denses, d’autres moins. Comme partout, des jours où rien ne va plus. Il y a les murs lépreux qui n’ont pas été repeints depuis plus de 15 ans et que je ne vois plus (d’ailleurs, on ne peut plus les voir derrière les affiches peinturlurées !). Il y a les combines permanentes pour obtenir 3 sous, les phrases qu’il faut s’interdire de dire, les corvées diplomatiques qu’il faut faire, et même les corvées tout court, le ménage ....Il y a des moments difficiles, des moments de bonheur. Je ne dis pas le prix qu’il a fallu payer... et qu’il faut encore payer. Mais il ne faudrait pas grand chose pour que, immédiatement, cet outil fantastique qu’est une école rurale devienne partout opérationnel ; peut-être simplement que maires, comme parents, comme enseignants en aient simplement conscience. on court depuis des décennies après une école de rêve ... et on l’a ... et on va la voir disparaître.

Bernard COLLOT, Décembre 1990
1999 :. Les murs ont été repeints, les plafonds surbaissés, volets électriques, une mare creusée dans le jardin, 2 camescopes, 4 pc multi-médias, banc de montage électronique, appareil photo numérique,.. Je suis parti depuis 4 ans de ce paradis, bâti jours après jours. Il continue avec Patrick Galland. Lorsque j’y suis arrivé en 1976, l’école venait de perdre sa seconde classe et d’être transformée en classe unique. Tout le village pensait que c’était sa dernière année.